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mardi 9 août 2016

David MANISE : Le manuel de (SUR)VIE...



Enfin me direz-vous !

L'alchimie a fait éclore une pépite de plus, avec à la croisée des chemins, la maison d'édition @mphora et David Manise, pour une réussite déjà confirmée.

David est un authentique chercheur passionné par son domaine de compétence qu'est la survie au sens large. Il a su arpenter et défricher des chemins parfois jusqu'alors inconnus ou méconnus pour développer une façon de penser, une certaine forme de prise de conscience brutale & efficace.
Cette forme de sensibilisation à la survie est unique dans l'hexagone.

Toute une communauté s'est forgée autour de son fameux forum de survie, sans lequel beaucoup de rencontres inoubliables et d'échanges fructueux furent improbables. David a aussi adopté depuis plusieurs années une pédagogie d'action, simple et efficace, épurée de toute fioriture, permettant à ses classes de stagiaires d'être de bons récipiendaires eux mêmes vecteurs d'un leitmotiv, celui de s'efforcer à prolonger la vie coûte que coûte et quoi qu'il advienne.

A la fois iconoclaste, pragmatique et sincère dans sa démarche, David recense dans son ouvrage au terme de nombreuses années de dur labeur (et de plusieurs beaux projets), une source de connaissance destinée à tout un chacun, une mine d'informations savamment orchestrées au rythme des nombreux chapitres.

Ce manuel de Survie tant attendu est une véritable bonne surprise. Il répond à un cahier des charges pointu, et délivre au fil des pages parcourues un sentiment de satiété faisant remarquablement écho aux sollicitations d'un large lectorat, et pas simplement à de très nombreux survivalistes, amateurs & professionnels, amoureux de grands espaces et défricheurs de terrains...

D'un esthétisme bien étudié et réussi, parcourir ce manuel n'en est que plus ludique. Dans un format adapté & pratique, facile à annoter, les recherches par thèmes sont limpides, les chapitres illustrés (d'animaux totems symboliques), agrémentent l'ouvrage. La pertinence du propos de David encourage plusieurs lectures afin de bien s'imprégner de l'essence de ce que l'on peut qualifier d'authentique école de (sur)vie. Jonché d'acronymes perspicaces, de belles prises de vues et de schémas didactiques, l'apprentissage des notions de survie devient un exercice fluide et agréable. L'invitation à une pratique de terrain salutaire demeure cependant incontournable !

D'un point de vue strictement personnel, je suis vraiment content que David puisse ainsi livrer le fruit de ses longues années de travail et prodiguer ses conseils avec une telle efficacité, qui plus est, chez @mphora ! Mais la patience n'est-elle pas la mère des vertus ? Ou comme on dit au CEETS en matière de préparation :"Bien, c'est plus rapide que vite !"

Alors bravo David et à bientôt pour de nouvelles aventures mon pote ;-)

L'interview de David chez @mphora 

Pour vous procurer l'ouvrage de David de toute urgence :

Commander & commenter sur amazon

Le site de David

Le forum de survie

Et pour pratiquer : le CEETS













mardi 28 avril 2015

Strong First : le kettlebell à l'état pur...




Devant l'impérieuse nécessité de trouver une méthode d'entretien physique pragmatique, j'orientais il y a plusieurs années mes recherches, vers ce que l'on appelle communément  le kettlebell, soit une boule de fonte munie d'une anse de portage. 

Cet objet rustique qui semble provenir du fond des âges, si prisé de nos jours dans le milieu de la préparation physique, des arts martiaux-MMA, est un réel outil de développement, de puissance et de résistance, tant mental que physique, à condition cependant d'en appréhender correctement les rouages et d'en extirper l'usage sain & efficace qui s'impose.

Avant toute chose, il faut bien comprendre que le kettle n'est pas un simple sport, un jeu, mais bel et bien une arme de forge à la fiabilité indéfectible, qui vous mettra face à vos contradictions et qui vous fera progresser avec certitude dans votre quête de force et d'endurance...


Alexey est le représentant de Pavel Tsatsouline en France, et l'un des dix SFG Team Leaders en Europe. Il propose des stages de formation durant lesquels il distille ses connaissances, tout en décortiquant méthodiquement les clefs de réussite et de progression propres au bon usage du kettlebell.

Loin des médias, loin du sensationnalisme, dans une démarche passionnée, pure & authentique, il nous présente ici, le fruit de ses réflexions autour de cet objet de culte qu'est le kettlebell !




      Pavel Tsatsouline                                                                                                      
1) Alexey, ça fait bientôt cinq ans que tu développes le système StrongFirst en France. Pourrais-tu nous exposer les attraits particuliers que présente cette méthode par rapport à d'autres disciplines qui existent aujourd'hui?
Avec plaisir. StrongFirst est un système de préparation physique connu comme « École de Force de Pavel Tsatsouline ». Pavel est un coach sportif de haut niveau d'origine russe. Il vit et travaille aux États-Unis depuis une vingtaine d'années. La spécificité de notre école réside avant tout dans les concepts qu'on retrouve dans nos exercices et nos méthodes. Certains de ces concepts sont assez techniques et d'autres, plus généraux. 
Par exemple, nous voyons le corps humain comme un tout plutôt qu'un catalogue de « pièces détachées ». Du coup, au lieu d'isoler les parties du corps ou les groupes musculaires nous cherchons, au contraire, à solliciter le corps tout entier dans chacun de nos exercices. Plus concrètement, nous « travaillons » les mouvements du corps et en particulier, les mouvements les plus fondamentaux. Les exercices d'isolation du bodybuilding n'ont pas leur place dans notre système.
Un autre concept, celui qu'on retrouve dans notre nom (StrongFirst, « Fort en premier » ou « Fort d'abord ») consiste à considérer la force (et toutes ses « déclinaisons ») comme la qualité athlétique « mère », celle qui donne leur sens à toutes les autres. Réfléchissons une seconde: la grande majorité des situations où on se retrouve dans la vie et où on doit agir physiquement nous demande de faire un effort. Toute chose égale par ailleurs, il est évident que plus on est fort, moins on puise dans les ressources de l'organisme pour un effort donné. Ce qui nous permet d'être non seulement plus efficace et performant mais aussi plus résistant face à la fatigue et aux blessures.
Il faut bien comprendre qu’on ne dénigre pas du tout les autres qualités athlétiques. Mais, à la différence de la force, la plupart d’elles peuvent être poussées assez loin de manière « isolée ». Par exemple, on peut devenir extrêmement souple sans être plus fort ou plus endurant… Or, il est impossible de réaliser son vrai potentiel de force sans optimiser sa mobilité (on préfère ce terme à la « souplesse »), son endurance, sa dextérité...  Donc, en ciblant la force on n’a pas d’autre choix que développer harmonieusement toutes nos qualités athlétiques. C’est pour cette raison que pour nous, le développement de la force devrait être la priorité de la préparation physique.
Encore un autre concept, celui de « la qualité avant la quantité », a à voir avec les spécificités du cerveau humain. La force est une qualité athlétique complexe qui dépend d'une foule de facteurs. La taille des muscles, la densité et la qualité du tissu musculaire, le taux de recrutement des fibres, l'intensité de l'influx nerveux... En grande partie, elle dépend aussi de la coordination de différents groupes musculaires qui participent directement ou indirectement au mouvement. Pour ne pas laisser l'effort développé se dissiper, tous ces muscles doivent être activés au bon moment, au niveau optimal, sans empêcher ni corrompre le mouvement principal... 
Bref, la technique et donc, son apprentissage sont primordiaux. Or, on n'apprend que par répétition. Logiquement, il ne sert à rien de répéter un mouvement s’il n’est pas correct. Ce qui arrive inévitablement quand on s'attache à soulever un poids « coûte que coûte ». Donc, pour nous la « qualité » (la technique correcte) passe avant la « quantité » (le poids, le nombre prédéfini de répétitions, le chrono etc.) C'est quelque chose qui peut être difficile à accepter, un coup dur pour l'amour propre, mais c'est capital pour avoir des acquis solides qui seront toujours là, à votre service aux moments les plus difficiles et qui ne vous trahiront jamais.
Enfin, le dernier concept dont j'aimerais parler est la simplicité. Comme je l’ai dit, on travaille les mouvements du corps. Mais le corps humain est capable d'une multitude de mouvements dans tous les plans et toutes les directions. Pour les travailler tous une vie entière ne suffirait pas. Ce n'est pas bien grave parce qu'ici comme ailleurs s'applique la loi de Pareto qui veut que sur toute la palette d’options possibles un petit nombre seulement va nous donner le plus gros du résultat qu’on recherche.
On va donc consacrer notre temps et nos efforts aux exercices qui ont le meilleur « rendement » ou le « taux de transfert » (dont les effets se ressentent le plus possible dans d'autres mouvements et exercices). Ce n’est pas une coïncidence que notre choix se porte surtout sur des classiques éprouvés par des centaines, voire des milliers d'années de pratique: les Soulevés de terre, les Squats, les Développés etc. Notre travail consiste à peaufiner leur technique pour augmenter leur effet sur les mouvements sous-jacents de notre corps.
Une autre manière de voir cet aspect de notre travail est de prendre conscience qu’en état de stress (par exemple, quand le corps est subitement sollicité par une importante force externe ou encore, en cas de grande fatigue, physique ou mentale) le cerveau fait appel aux schémas moteur (formes de mouvement) auxquels il est le plus habitué. On a donc tout intérêt à renforcer les mouvements les plus basiques, ceux où notre corps est structurellement le plus fort (ce devrait être le plus gros de notre travail de préparation physique) et en parallèle, apprendre à « retrouver » ces formes de mouvement dans nos différentes activités physiques.

TSC 4
2) Nous te connaissons avant tout en tant qu'instructeur de préparation physique avec Kettlebells. Apparemment, c'est l'outil de prédilection du système StrongFirst. Pourquoi?
Comme je l'ai dit, nous travaillons les mouvements du corps. L'idée pour chaque exercice est de bien apprendre la technique (et donc, le mouvement) et ensuite, la « mettre à l’épreuve » avec une charge. L'objectif est de maintenir le positionnement du corps, la posture et les trajectoires des membres tels qu'ils sont censés être malgré l'inertie de la charge qui essaie de les « corrompre ». En travaillant ainsi, on « renforce » le mouvement. 
Il se trouve que grâce à sa forme compacte et arrondie le Kettlebell est l'outil qui « colle » le mieux aux mouvements du corps humain. C'est d'ailleurs pour cette raison que depuis sa « réapparition » aux États-Unis il y a une quinzaine d'années, le Kettlebell s'est révélé être un outil extrêmement précieux dans le cadre de réathlétisation, voire de rééducation, en particulier pour les blessures de l'épaule et du dos. Bien entendu, la technique a un rôle décisif. En plus de ça, la compacité du Kettlebell le rend très pratique. Aux USA on l'appelle « hand-held gym », une salle de sport qu'on peut tenir dans une main.





3) Il n'y a pas que le Kettlebell...
Non, bien sûr. Le Kettlebell a de gros avantages mais il y a des outils qui permettent de développer encore mieux certaines qualités qu'on recherche. Par exemple, la barre olympique vous permettra de manipuler des charges à deux, voire trois ou quatre fois votre poids du corps. Porter une charge aussi lourde a un effet très particulier sur l'organisme. Ça mobilise le corps non seulement du point de vue biomécanique (notamment, pour stabiliser les différentes articulations) mais également neurologique : le système nerveux central doit être « présent » pour contrôler l'ensemble et déployer l'effort nécessaire. En plus de ça, la barre olympique permet d'ajuster les charges avec une grande précision. Ca donne la possibilité de mieux adapter le programme d'entraînement aux capacités de chaque pratiquant. De ce point de vue, la barre olympique est un outil incontournable pour développer la force et a toute sa place dans le système StrongFirst.
A l'autre bout du spectre on trouve les exercices avec le poids du corps. A la différence de la barre olympique, la charge est difficilement « ajustable » : le poids du corps est toujours le même (en tout cas, à court terme). En revanche, on peut varier les leviers et les appuis pour rendre un exercice plus ou moins difficile. Il n'y a pas de charge externe à manipuler: ce qu'on recherche, c'est la maîtrise de notre propre corps.




4) L'effet "mode" du fitness et du Crossfit étant en plein expansion, tu n'as pas mentionné d'autres outils populaires tels que le TRX, les balles et les sacs lestés, le "Viper", etc...
Nous n’avons rien contre ces outils-là. Mais encore une fois, nous sommes les adeptes de la simplicité. L’expérience prouve que pour développer la force dans les mouvements de base la barre olympique, les Kettlebells et le poids du corps sont d’un côté, incontournables et de l’autre, suffisants. Les autres outils permettent de modifier certains paramètres (la prise, la position du centre de gravité, la distribution du poids…) et compliquer l’exécution de tel ou tel exercice. Mais pour que l’effet en soit bénéfique il faut déjà avoir un certain niveau.

5) A qui s'adresse le système StrongFirst? Faut il initialement posséder certaines  qualités pour en apprécier les bénéfices ?
Pratiquer notre système consiste tout simplement à comprendre nos concepts et à les appliquer à ses entraînements. De ce point de vue StrongFirst n’a rien d’élitiste. Après, la sélection se fait sur la motivation et le sérieux de chacun. C’est sûr que les gens pour qui l’entraînement n’est que l’occasion de « se défoncer » ou de « se vider la tête » seront déçus. Mais celles et ceux qui ont des objectifs à long terme, qui veulent construire leur force et leur santé et les maintenir tout au long de leur vie trouveront dans StrongFirst la réponse à leurs attentes.
Et ça ne dépend pas du contexte. Nos instructeurs travaillent aussi bien avec des civils de tout âge qu’avec des militaires d’élite ou des athlètes professionnels. En l’occurrence, depuis plus de dix ans Pavel travaille avec les Navy SEALs (c’est là, d’ailleurs, qu’il a rencontré Eric Frohardt, notre PDG actuel), tandis qu’un de mes amis instructeurs, à San Diego, a la majorité de sa clientèle constituée de retraités de plus de 60 ans. Encore un autre de nos instructeurs vient d’être embauché en tant que préparateur physique dans l’équipe de football américain de l’Université de Colorado (il faut savoir qu’aux Etats-Unis les équipes universitaires sont quasi professionnelles, ont leur propre championnat et servent de porte d’entrée à la NFL, la Ligue professionnelle et ses contrats mirobolants). 

6) Qu’en est-il de la gente féminine ? A priori, une boule de fonte n’est pas ce qu’il y a de plus sexy pour une femme…
L’aspect « séduction » joue sans aucun doute. Et plus encore, les vieux mythes et préjugés qui veulent qu’à la différence des hommes les femmes ne devraient pas manipuler de poids. Soi-disant, elles bénéficieraient plus du travail « cardio » et des étirements. Rien de plus faux ! Malgré les différences indiscutables au niveau anatomique ou physiologique, le corps féminin réagit au renforcement, et plus particulièrement, aux exercices avec des poids (barres ou Kettlebells) aussi bien que le corps masculin.
Et il ne s’adapte pas seulement à ces exercices en raffermissant les muscles et en renforçant les os et les tendons, devenant ainsi plus résistants aux blessures. Les exercices de force sont également plus efficaces que le cardio pour se débarrasser des kilos superflus, puisqu’ils accélèrent le métabolisme non seulement pendant l’activité mais aussi durant les 48 heures qui suivent.
Encore plus important, l’effet psychologique du renforcement. Quand une femme commence à ressentir sa force physique, ce sentiment peut changer sa vie. Je n’exagère pas ! Quelles que soient les avancées de notre civilisation, une femme « moyenne » est toujours physiquement moins forte qu’un homme « moyen ». Elle est en quelque sorte dépendante de sa « galanterie ». Pouvoir accomplir soi-même des tâches physiques ou assurer sa propre sécurité donne à une femme une confiance en soi solide et en même temps humble et lucide. Or, tout le monde sait que le manque de confiance en soi est la source de nombreux problèmes psychologiques…
Bref, les femmes, en tout cas, aux Etats-Unis, l’ont bien compris et n’hésitent plus à pratiquer les exercices avec des « vrais » Kettlebells (par opposition aux Kettlebells « de Barbie » recouverts de vinyle fluo) et les vrais barres olympiques. Et elles s’en sortent très bien ! Pour preuve, lors de la nouvelle édition du « Tactical Strength Challenge », une compétition internationale de force parrainée par StrongFirst, qui a eu lieu le 11 Avril dernier, plus de 200 femmes se sont inscrites dans la catégorie « novices ». Et elles n’ont pas démérité. Les résultats sont toujours en train de parvenir au moment où j’écris ces lignes mais celle qui occupe, en tout cas, temporairement, la première place, affiche 125kg en Soulevé de terre, presque deux minutes en suspension bras fléchis sur la barre fixe et 145 arrachés en 5 minutes avec un KB de 12kg…

Handling the Kettlebell with care is the first step to decreasing your injury risk. k
Karen Smith, Master SFG 

7) Avec des pratiquants émergeant de tous horizons, comment harmoniser les méthodes et uniformiser le discours ?
Il faut d’abord se mettre bien d’accord sur ce qu’on entend par « méthodes ». Pour faire simple, les méthodes de préparation vont concerner avant tout le volume de travail, l’intensité et la fréquence de sessions, ainsi que les qualités physiques ciblées lors des différents cycles. L’aspect capital de toute méthode d’entraînement est la distribution de tous ces paramètres sur une période de temps donnée, déterminée par l’objectif final.
Logiquement, les méthodes varient en fonction du contexte. Par exemple, c’est encore Pline L’Ancien, auteur romain du 1er siècle (devenu philosophe après avoir commandé des troupes face aux tribus germaniques) qui disait qu’on ne peut pas préparer physiquement un légionnaire comme on prépare un athlète ou un gladiateur. Ils n’ont ni la même vie, ni les mêmes objectifs. 
Là où chaque sportif sérieux (même amateur) a un calendrier rythmé par des compétitions plus ou moins importantes, là où les « gladiateurs des temps modernes », les combattants professionnels en MMA n’ont que deux-trois combats par an négociés des mois a l’avance, un « légionnaire » (utilisons ce mot pour désigner tout homme ou femme d’action qu’il ou elle fasse partie des forces armées, des forces de l’ordre ou du corps des pompiers) doit être « au taquet » en permanence.

8) Donc, à ton avis, aujourd'hui la préparation physique dans les forces armées, les forces de l'ordre, chez les pompiers ne serait pas des mieux adaptée? Quelles seraient les solutions efficientes selon toi ? 
Il y a quelques mois j’ai eu cette conversation avec un de mes plus fidèles stagiaires, un jeune homme très motivé et très doué qui fait partie d’un peloton de gendarmerie affecté à la protection d’une installation sensible. Je lui ai demandé combien de ses collègues pratiquaient avec lui. Il m’a répondu qu’il était le seul. J’ai demandé qu’est-ce qu’ils faisaient alors pour leur préparation physique : ils étaient quand même bien obligés de faire quelque chose ? Il m’a répondu qu’ils faisaient des footings… 
Entendons-nous bien, le footing est un outil qui a toute sa place dans l’arsenal de la préparation physique. Mais il perd une grande partie de son utilité et peut même devenir contre-productif s’il est utilisé seul, en exclusivité. Or, c’est souvent ce qui se passe dans les unités puisque son « avantage » est d’être simple à mettre en œuvre : un aller-retour sur la départementale ou deux tours de la zone de sauts et c’est bon, on peut cocher une case et passer à autre chose. Et ce n’est pas quelques pompes ou tractions qui vont changer la donne.
Malheureusement, l’approche contraire qui consiste à pousser régulièrement au plus près, voire au-delà de ses limites n’est pas appropriée non plus. En effet, elle suppose des périodes de récupération plus ou moins longues où on est bien en deçà de ses capacités normales. En plus, le risque de se blesser qui augmente exponentiellement quand on se rapproche de sa « ligne rouge » est inadmissible pour un professionnel qui peut être sollicité à n’importe quel moment.
Une solution éventuelle serait de choisir un nombre très limité d’exercices de base et de les travailler de manière cyclique sans jamais aller jusqu’à l’épuisement. Le gros « désavantage » de cette approche pour un « consommateur » du fitness traditionnel est que les exercices de base tels que le Soulevé de terre, le Relevé des jambes sur la barre fixe ou le Double Front Squat avec Kettlebells ne sont pas « sexy ». D’accord, ça peut être un argument pour un civil en manque de sensations fortes mais j’ai franchement du mal à comprendre pourquoi ce genre de raisonnement fonctionne pour les professionnels, censés avant tout être pragmatiques… 
Nous définissons la culture physique comme la préparation physique élevée au rang de l’hygiène de vie. D’accord, se brosser les dents n’a rien de « sexy »… C’est pourtant nécessaire. Je pense que tous les hommes et les femmes d’action devraient considérer leur préparation physique de cette manière et mettre de côté leur envie de s’amuser, de « transpirer », de « souffrir » ou de « se défoncer » quand ils ou elles entrent dans leur gym.
Un des nos instructeurs les plus qualifiés, Al Ciampa, lui-même vétéran des Forces Spéciales qui travaille aujourd’hui pour l’Armée de l’Air américaine en tant qu’expert de la préparation physique, propose un programme basé sur les Swings et les Relevés avec Kettlebells, agrémentés des marches plus ou moins longues avec sac à dos et des déplacements à quatre pattes (le « ramper »). Ce programme a déjà donné des bons résultats lors de la préparation au combat en montagne des unités stationnées en Afghanistan. Son grand avantage est qu’il est facilement ajustable en fonction du contexte : sur le terrain, les marches et le ramper font partie du quotidien. Quant aux Swings et aux Relevés, leur quantité peut être réduite en fonction du niveau de fatigue. 
Surtout, ces exercices demandent très peu de place et le matériel en est réduit à une seule boule de fonte. En revanche, leurs effets vont bien au-delà de la seule condition physique. Certains pratiquants constatent même une amélioration de leurs résultats au tir ! Naturellement, la technique irréprochable joue, là encore, le rôle décisif.
Hélas, pour l’instant toutes ses « innovations » restent réservées aux individus les plus ouverts d’esprit et les plus motivés. La grande majorité se contente du « service minimum » suffisant pour passer les tests physiques (encore faut-il qu’ils soient au programme) tandis que d’autres se laissent séduire par le dernier gadget ou la dernière méthode à la mode… 

Pompiers et les Kettlebells

9) Aujourd'hui, cinq ans après tes premiers pas dans l'épicentre du kettlebell en France, et une marge de progression exponentielle, où en es-tu?
Je mentirais si je disais que le succès a été fulgurant. Mais je ne me plains pas du tout, au contraire. En fait, je m’y attendais. La plupart des gens continuent à classer la culture physique sous le registre de loisirs. Quand ils vont à la salle ou au club, ils s’attendent à bien ressentir l’absence des contraintes qu’ils peuvent avoir au boulot ou à la maison. D’où cette histoire de « se détendre », « se lâcher », « se défoncer » etc.
A l’opposé de cette tendance, mes stagiaires sont souvent surpris par la rigueur technique que je leur impose. Certains, ceux qui veulent avant tout « se dépenser » ne s’y retrouvent pas. D’autres, ceux qui veulent au contraire augmenter leur « capital » force et santé, se sentent comme chez eux. Ils sont également les premiers à obtenir des résultats, parfois spectaculaires… 
Du coup, notre petite communauté française StrongFirst ne grandit pas forcément très vite. Mais là où elle perd en vitesse de croissance, elle gagne bien en qualité. Notre système attire avant tout des gens sérieux, positifs et généreux avec leurs efforts et avec leur savoir et leur expérience.
L’année dernière, deux de mes stagiaires les plus sérieux et les plus motivés ont décidé de relever le défi et passer la certification d’instructeurs. Serge a réussi et fait désormais partie de nos « troupes ». Lionel a raté de peu son Snatch test (100 Snatches avec le Kettlebell de 24kg en 5 minutes). Après 10 mois de travail, il devrait le passer haut la main dans les semaines à venir, à Copenhague. En plus de Lionel, nous espérons que cette année nos rangs vont s’agrandir encore avec un ou deux nouveaux instructeurs français.
Cette année voit également la première édition du TSC, « Tactical Strength Challenge ». Il s’agît d’une compétition, parrainée par StrongFirst, dont le but est de permettre aux participants de tester les trois aspects complémentaires de leur force. La force absolue est testée avec le Soulevé de terre en trois essais et la force « relative » avec les tractions strictes à la barre fixe (lestées pour la Division Elite). Enfin, pour tester la force endurance on utilise les Snatches avec un Kettlebell (maximum de répétitions en 5 minutes). 
Inventé par Pavel il y a une douzaine d’années, le but du TSC était de relever les lacunes dans la préparation physique de ses élèves des Forces Spéciales tout en les motivant avec cet aspect « compétition ». Aujourd’hui, le TSC a lieu deux fois par an, en Avril et en Octobre, le même jour partout dans le monde. Les candidats de tous les pays se mesurent les uns aux autres selon un système de points et sans catégories de poids : selon le poids on peut être avantagé dans un exercice et désavantagé dans l’autre. Il y a trois divisions pour les hommes et pour les femmes : Novices, Open et Elite.
10) Et quels sont tes projets à venir ?
Notre principal projet consiste à installer à Paris notre « quartier général ». C’est-à-dire, une salle qu’on aurait équipée avec le meilleur matériel (Kettlebells, barres, agrées gymnastiques…) et où tout le monde pourrait venir s’entraîner selon nos méthodes. Pour l’instant, connaissant les prix parisiens, nos recherches n’ont pas donné de résultats mais nous ne désespérons pas.
En tout cas, ce serait un grand pas en avant dans le développement de notre système en France. Un lieu d’échanges, d’expérimentation, d’amélioration, voire de transformation pour certains… Il suffirait qu’un club existant nous prête une salle. En échange, on amènerait un nombre non négligeable de pratiquants, enthousiastes à l’idée de développer leur force.
11) Un stage de certification d'instructeurs en France avec Pavel, ce serait un véritable événement...Est-ce un jour envisageable?
En théorie, oui, bien sûr. Il suffirait qu’il y ait un nombre minimum de candidats français. La difficulté réside avant tout dans le fait que tous les stages de certification, où qu’ils se déroulent dans le monde, sont enseignés en anglais. La barrière de la langue. 

Alexey, SFG Team Leader

12) Le mot de la fin, Alexey...?
Nous, les instructeurs StrongFirst, avons un Code. Ce n’est pas un livre de préceptes, juste cinq lignes, cinq valeurs sur lesquelles nous sommes censés nous retrouver. Les quatre premières concernent notre attitude : dans notre travail, avec nos élèves et avec nous-mêmes. La cinquième est plus générale. Elle est à la base de tout ce qu’on fait et qu’on entreprend chez StrongFirst. Elle dit : « La force a une plus grande raison d’être ».

Chacun pourra donner son interprétation de ces mots. Pour ma part, je crois que si on est là, dans ce monde, ce n’est pas juste pour dépenser nos allocs en remboursant les crédits et en achetant des conneries dont nous n’avons pas vraiment besoin. L’humanité n’avance que grâce aux « bâtisseurs », les hommes et les femmes qui « matérialisent » leur génie créatif grâce à un travail acharné. Cette « matérialisation » n’est possible que si la personne est forte, aussi bien mentalement que physiquement.

D’autres encore sont les « gardiens » : les militaires, les forces de l’ordre, les pompiers, les sauveteurs… Ceux qui font face aux menaces de destruction, d’origine aussi bien humaine que naturelle. Il est évident qu’eux aussi ont besoin d’être forts. Il ne s’agît pas d’une force superficielle, celle qui permet d’impressionner les ignorants dans une salle de muscu. Mais plutôt de la force qui permet d’encaisser des chocs, de rendre coup pour coup et de maîtriser la violence des hommes et des éléments, encore et encore, sans faillir.

C’est là, pour moi, la « plus grande raison d’être » de la force. Une force profonde, basique, fondamentale, complète, celle justement qu’on s’attache à développer chez StrongFirst. J’aimerais que ce message parvienne à tous ceux et celles qui ne veulent pas vivre en « consommateurs » passifs et dépendants : prenez votre vie en main et développez votre force. Ce n’est que comme ça que vous pourrez contribuer à la marche du monde et faire la différence. 


Merci Alexey pour ton implication, ainsi qu'à toute la communauté Strong First ! Et à bientôt pour de nouvelles aventures ;-)

dimanche 21 décembre 2014

L' esprit tactique de la lame...







Bastien Coves aka Bastinelli Créations, compte parmi ces artisans couteliers que je cotoie depuis plusieurs années. Une personnalité bien trempée, une sagacité créatrice, font quʼil est devenu en lʼespace de quelques temps, la figure de proue du couteau tactique. Cet univers, son univers, sʼétoffe au gré de ses créations, de la gestation à la conception dʼune lame tactique, Bastien nous livre ici quelques éléments de réponse, et revisite pour notre plus grand plaisir le panorama du milieu coutelier, en évoquant ses influences, ses origines, son propre style, en toute impartialité et sans langue de bois...Bonne lecture ;-)


 En tant que coutelier spécialisé dans le domaine tactique, comment abordes-tu la notion dʼefficacité dans la conception dʼune lame digne de ce nom ?

Dans la thématique qui est la mienne, le couteau doit posséder une orientation martiale. Chaque couteau a une appellation propre, on distingue le couteau à pain, à huître, de boucher, etc... Mon domaine est celui du couteau tactique, par inspiration, par affinité et par passion. Un couteau que je crée peut se décliner en plusieurs finitions mais conservera toujours la même ligne, destinée à servir lʼutilisateur.
Le choix crucial des matériaux peut à ce titre influer grandement sur la ligne dʼun couteau, en opposant par exemple des matières traditionnelles comme le bois, la corne, etc...et des matériaux plus hi tech comme de G10, le carbone, etc... Pour ce qui est de lʼefficacité, je me contente de répondre au plus près des attentes de mes clients, je suis réceptif pour satisfaire leurs besoins, jʼaime cette idée de partir de rien pour arriver à un résultat concret satisfaisant.
Je suis en perpétuelle recherche, et lorsque certains services spécialisés ou groupes dʼinterventions (e.g. le Raid avec le couteau éponyme «Red» !), me sollicitent pour répondre à leur cahier des charges en terme de couteau tactique, je mets tout en oeuvre pour venir toucher du bout du doigt ce qui pourrait au mieux leur convenir. Le matériel est très important, il y a des contextes dʼ emplois où on ne peut pas se tromper, où compter sur la fiabilité dʼun couteau peut sʼavérer un réel atout. Cʼest lʼefficacité telle que je la conçois !
A lʼinstar des couteaux de bouchers, légers, relativement fins, maniables et fonctionnels, une lame telle que je la réalise doit encore sʼinscrire dans un cadre de parfaite ergonomie, de faible encombrement. Je pense également aux militaires qui sont déjà équipés comme des porte-avions et qui recherchent une lame ultra fonctionnelle, aussi discrète & légère que possible.
Dans ce contexte dʼefficacité, il est aussi bon de penser quʼun utilitaire de type multi-tool Leatherman ou Victorinox occupera également une place de choix en terme de rapport praticité-polyvalence dʼemploi, le couteau tactique en lui même nʼest rien, sans lʼesprit et le besoin qui lʼanime...



Comment te ressources-tu au gré de tes designs, quelle est la genèse dʼun couteau Bastinelli ?

Je dessine beaucoup, je travaille essentiellement mes ébauches en commençant par une phase de crayonné, en freestyle, dans lʼatelier, cʼest ma manière dʼopérer. Lʼune de mes particularité est le travail sur les ombres... Jʼaborde et visualise mes nouveaux designs en utilisant la lumière du soleil, et lʼombre du couteau se manifeste alors sous une autre forme. Lʼombre allonge les lames, modifie les courbes et fait travailler lʼimagination.
A titre dʼexemple, avec le Raptor GT6, jʼavais préalablement réalisé une photo que jʼavais déposé négligemment sur mon bureau tout encombré...et le design définitif de la lame sʼest pratiquement révélé par lui même ! Cʼest aussi une question de perception, de créativité mais de cette façon que je fonctionne. La forme et la fonction du couteau deviennent ainsi un tout, alliant sens de lʼesthétisme & efficacité.
Une phase dʼutilisation et de tests du couteau est primordiale pour endurer le pouvoir de coupe et les effets de la lame. Je crois quʼil est important de bien ressentir la lame et de pouvoir lʼexprimer en tant que besoin. La notion de test prend ici toute son importance, si lʼon décide dʼen faire une utilisation quotidienne, façon utilitaire, il est nécessaire de réfléchir avant toute chose à lʼusage que lʼon projette dʼen faire.
Mes maîtres mots seraient conception-création et esthétisme, dans lʼidée de faire un couteau, avec une constante recherche de lignes, des identités propres et des usages dédiés...Notons à titre dʼexmple le Kerambit et son influence martiale philippine & indonésienne. Le Kerambit possède des lignes très épurées, liées à lʼefficacité recherchée, à la capacité de la lame de pouvoir facilement entrer et ressortir, à pleine vitesse...
Je ne te cache pas que je trouve cet aspect créatif autour des arts martiaux, assez remarquable, passionnant. Le vaste patrimoine martial que nous possédons est une formidable source dʼinspiration pour moi ! Cette inspiration me vient également comme des photographies mentales de designs, des flashs... Cʼest un véritable exercice de mémorisation pour moi...par exemple, après un Blade Show, une expo, je digère, je retranscris, jʼexprime à ma sauce tactique ce que je ressens.




Comment analyses-tu lʼunivers de la coutellerie francophone depuis tes débuts ?

En tant quʼartisan, je considère quʼaccéder à ce milieu est une véritable chance. Observer les autres couteliers de lʼextérieur en tant quʼ amateur-passionné puis officier un beau jour, à force de motivation et de travail, au sein de la famille de la coutellerie francophone et internationale...cʼest un sacré challenge ! Les places sont chères et je mʼestime très heureux de pouvoir tenir celle qui est la mienne à présent !

Cet univers est vraiment particulier, cʼest un monde où lʼon peut voir les gens changer, à la fois dans leurs lignes de conduite et dans leurs créations, cʼest également lʼhistoire de mon propre parcours et de cette façon que jʼai trouvé ma propre identité.
Actuellement, la coutellerie française mériterait une petite cure de jouvence et devrait sʼinspire de talents Thierry Savidan et Torpen, qui allient les genres & les matériaux tout en conservant lʼaspect traditionnel de leurs couteaux...Mon ami P-H Monnet sait aussi donner de la modernité au primitif, et influence les nouvelles générations à aller vers le primitif. Les gens semblent avoir peur dʼinnover, de sortir des sentiers battus, de créer et de travailler sur une tendance «enfouie», endormie, latente. Alors quʼil est fort intéressant de pouvoir révéler quelque chose qui existe dans la coutellerie française... Je trouve regrettable que certains manquent dʼaudace et travaillent avec trop de facilité.
Le plus représentatif est lʼambiance que tu peux ressentir sur certains grands salons, où de table en table tu as lʼimpression que cʼest le coutelier qui a fait les mêmes couteaux. Il nʼy a que trop peu de ce que je qualifie «dʼOVNI» du pliant, une lame qui te fait tʼarrêter, qui tʼhypnotise et te semble immédiatement familière & séduisante.
Et pourtant la coutellerie française nʼest pas spécialement bouchée, il y a de la place pour tout le monde, à la condition de partir à la conquête de son public, dʼêtre à l'écoute et de répondre aux demandes comme il se doit.
Chez mes contemporains couteliers, jʼapprécie tout particulièrement des innovations, des personnalisations, des modèles revisités et complétement personnalisés, au point dʼen faire oublier la version dʼorigine... cʼest lʼexemple du bowie de Fred Perrin, de mon piémontais Dragotac, ou encore du kukhri de chez Cold Steel.




Bastien, au fil de ta production, dʼoù provient ton inspiration, de lʼidée à la conception ?

Prenons un très bon exemple pour illustrer cette question...
Le Reaper Tac, la faucille, le fameux kama japonais... Je mʼaperçois souvent que nous sommes plusieurs couteliers à travers le monde, à avoir les mêmes idées aux mêmes moments, sans forcément nous connaître et sans communiquer, comme bénéficiant dʼune influence inconnue que lʼon perçoit et que lʼon arrive à saisir au passage. Cet état de fait est très frappant, des idées, des concepts se retrouvent alors que les gens pensent avoir une idée géniale et de lʼinspiration chacun dans leur coin.
Et pour la petite histoire, avec la Reaper Tac, je me suis rendu compte que United Cutlery bossait sur le même type de projet.
La crédibilité est également une notion essentielle pour moi. Pour que son travail soit reconnu et perçu et sa juste mesure il est nécessaire dʼavoir de bons contacts et de bonnes adresses pour optimiser la qualité dʼusinage. Pour obtenir dʼexcellents résultats, il est primordial de posséder un carnet dʼadresses bien rempli en terme de qualité de prestations & de fiabilité dʼusinage. On pose un peu ses «couilles» sur la table, la prise de risque est bien réelle, chose que peu de professionnels sont prêts à faire aujourdʼhui. Jʼinsiste donc sur lʼimportance du choix des bons prestataires.

Le milieu de la coutellerie subit également les affres & les influences de la mode..., on apprend en quelque sorte à surfer sur la vague passée pour pouvoir revenir. Et je crois en effet quʼil est crucial de se différencier, de ne pas faire comme les autres, surtout dans le milieu du couteau tactique où la demande est très très forte.



Alors que le marché du couteau est en pleine effervescence, que de nouveaux couteliers entrent en scène et que dʼautres prennent du recul, comment te positionnes tu dans ce microcosme en perpétuelle mutation ?

Je crée ma propre route, je suis mon chemin sans craindre de croiser dʼautres chemins et en évitant soigneusement les nids de poules... Mais dans tous les cas, je crois quʼil faut toujours sʼefforcer dʼavancer, même dans les situations délicates, et pénibles à surmonter. Le milieu de lʼartisanat est très spécial. Je voudrais aborder quelque chose que lʼon a tendance à occulter dans nos sociétés dites de performance : Lorsque rien ne va à la maison, rien ne va au boulot. Trouver un équilibre idéal pour soi, une solide sérénité, faire en sorte que tout aille bien à la maison, cʼest aussi ce qui permet de surmonter les coups durs et dʼêtre efficace en tout.
La concurrence est telle quʼil faut transmettre lʼenvie aux amateurs dʼacheter tel ou tel coutelier, et pour cela faire attention à lʼimage et rester authentique. La communication est importante, ce qui se dégage autour de sa personnalité et de ses réalisations confère crédibilité et confiance. Lʼaffectivité et la sensibilité sont des notions importantes à mes yeux. Il est nécessaire encore une fois de préserver son image, éviter de jouer un rôle...
La façon dont les gens te perçoivent doit être la plus juste possible.
Pour ma part, je mʼentraine & pratique autant que faire se peut, cʼest un métier où on ne peut pas faire semblant... Cʼest un milieu dans lequel tu ne peux pas mentir ni tricher si tu veux durer.
En coutellerie, je pense sincèrement quʼil y a un avenir pour tout le monde, à condition de ne pas rechercher le monopole, de sʼobserver et dʼêtre honnête avec soi-même. La richesse est de savoir composer entre vie privée et lʼacier que lʼon a dans les mains, de sʼexprimer positivement et à bon escient.


 De toi à moi, et rien que pour nos lecteurs, quel est ton type de lame favori ?

Cʼest avant toute chose une remise en question importante... Jʼopterai de façon inconditionnelle pour une lame fixe. Un pliant, aussi robuste et résistant soit-il, est fait pour plier, même sʼil faut généralement plus dʼune vie dans le contexte dʼune utilisation simple & normale, pour user un de ses couteaux pliant. Mais pour des raisons affectives, je reste un adepte des lames...avec un système de port bien pensé, étudié de manière à rendre lʼaccessibilité au couteau pratique, intuitive, fonctionnelle avec un maximum de confort et de discrétion pour le porteur.

Peu importe le gabarit du couteau, de lʼusage pur & simple que lʼon en fait, quʼil sʼagisse dʼun petit compact ou dʼun grand modèle, une lame fixe en version custom reste au demeurant ce que je privilégie.





 Tes réalisations apparaissent régulièrement sur grand écran, aux côtés dʼacteurs et dʼactrices de talent, cʼest une bien belle reconnaissance, non ?

Les premiers prémices furent lʼappel de Baptiste de chez Armes Bastille, me précisant que les producteurs du dernier film de Luc Besson recherchaient une lame fixe . Jʼai aussitôt mis en suspens mon week end, pour bosser comme un acharné sur ce projet, il fallait livrer le couteau à la cité du cinéma dans des délais extrêmement réduits. Visiblement, les résultats furent concluants.
Tu sais, cʼest vraiment un plaisir unique que de retrouver ses réalisations sur des tournages, malgré la prise de risque et les complications dues au timing... Pour LUCY, je nʼai eu que 24h pour concevoir le couteau que lʼon voit à lʼécran. Jʼétais parti des dessins du Red que je visualisais en plus grand, à base Raptor GT6 modifié...Jʼai du être super réactif pour tout tenir en urgence et parvenir à ce résultat, la pression à été productive et positive sur ce coup ;-) Je ne remercierai jamais assez la team Armes Bastilles pour leur soutien et me permettre de vivre ce type dʼexpériences uniques.


 Peux tu nous évoquer tes projets à venir (collaborations, etc...)?

Oui, je prévois de sortir un Red folder chez Lion Steel avec une finition stone wash et full dark stone wash, et cela pour début 2015 si tout va bien ! Avec Fox, le BB Drago version piémontais devrait voir le jour assez rapidement, ainsi quʼun nouveau projet de Kerambit bien martial dont nous reparlerons...
Vers la fin 2015, la Reaper Tac sera aussi disponible en plusieurs déclinaisons peut être...


Le mot de la fin..?

Ce que je fais me comble réellement, cʼest un immense plaisir de pouvoir travailler au coeur de sa passion et de se sentir ainsi soutenu par tant de personnes. Jʼapprends tous les jours à mʼaméliorer à à répondre au plus près des exigences de mes clients. Jʼai la chance de bénéficier dʼun élan positif tout autour de moi, ce qui mʼ incite à aller de lʼavant, à développer ma structure et faire croître mon équipe. Ce soutien est primordial pour moi, après mʼêtre cherché durant plusieurs années, je crois pouvoir affirmer que cʼest un pied énorme de pouvoir créer en continuant dʼapprendre. Le métier de coutelier est vraiment fun, encore une fois il faut créer la différence et sʼaffirmer en créant !


Merci, Bastien pour cet entretien à batons rompus ;-)




samedi 4 octobre 2014

A la mémoire d' Henry...


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Cela fait désormais un peu plus de quarante jours qu'Henry Plée nous a quitté, et il est bon, je crois, d'évoquer sa mémoire à nouveau en lui rendant un bref hommage.

On a beau penser que c'est inscrit dans le cours de l'existence, on ne s'y fait jamais réellement lorsque l'on perd un être cher, une personne que l'on aime, que l'on estime, que l'on respecte...
Henry étaient de ceux qui transmettaient avec un accent d'authenticité et de vérité. Passionné & passionnant.
Pour celles & ceux qui n'ont pas eu la chance de croiser son chemin, sachez qu'au delà de sa profonde bienveillance et de son altruisme, ce guide savait pertinemment déceler en vous cette petite flamme de lucidité qu'il ravivait grandement à travers ses conseils prodigués, ses paroles et ses actes.

Henry était et sera toujours un guide, une bougie allumée dans l'éternité, comme quelques autres...
Dans ses écrits perdurent de rares vérités et parfois des secrets si flagrants qu'ils sont constamment ignorés.
Mais si l'eau bouillonne sous votre chaudron de connaissances martiales, si vous mettre en quête ne vous effraie pas, partez à la rencontre des nombreuses références bibliographiques et des "auteurs" qui jalonnent ses chroniques martiales et ses deux ouvrages magistraux sur les Points Vitaux et les Points de Vie.

Le 19 août dernier, une page importante de l'histoire martiale occidentale s'est définitivement tournée. Mais Henry a bien fait les choses, et un nouveau chapitre s'annonce dans "Sa" continuité intemporelle, le livre est loin d'être achevé !

Repose en paix.

Pour vous procurer les ouvrages (et les dvd de séminaires) d'Henry Plée :
BUDO Editions/ Budostore ainsi que dans toutes les bonnes librairies.

jeudi 8 mai 2014

Etre & avoir été...



                                                          Choki MOTOBU


Cela fait quelques temps maintenant que je m'interroge sur l'utilité d'un tel blog...
Par manque de temps, la vraie vie riche et trépidante reprends ses droits et c'est en étant dans le monde réel que l'on peut tacher de s'accomplir, non pas en s'imaginant faire partie d'un monde, du monde que l'on s'invente et que l'on pense connaître et qui n'est qu'illusion.

Bon vous l'aurez compris, ce soir j'avais un peu de temps à perdre (pas pour tout le monde au regard de vos sollicitations !), et envie de me divertir (j'espère que vous apprécierez), de me délier les extrémités des phalanges après les avoir fortement sollicité dans différents types d'activités moins ludiques ;-)

Mes dernières cogitations martiales, notamment avec d'autres passionnés et passionnants spécialistes en méthodes de "combat guerrier véritable", m'amènent à penser que nous touchons actuellement le fond en terme de communication et de transmission martiale. Là où certains s'inventent des légendes et racontent des histoires ou des faits d'armes auxquels ils n'ont jamais participé, d'autres publient des articles vides de sens, stériles et très éloignés de l'essence même de la pureté des arts de combat : le pragmatisme, la pratique martiale (armes naturelles & autres) assidue, la préparation en amont, le sens du discernement (anticipation),  et de l'adaptation (réactivité, timing)...

La planète martiale transite actuellement vers un vide sidéral, heureusement que des Anciens et puristes sont encore et bien présents, œuvrant activement dans l'ombre de leur discipline, sans tapage médiatique sclérosant, ni besoin de reconnaissance égotique.


Prenez quelques instants pour lire (et relire encore & encore) les vingt préceptes martiaux (kyokuns), transmis par notre cher Henry Plée*, dans ses Chroniques Martiales, et observons l'un des adages les plus essentiel :

"Si l'on n'entretient pas le feu sous le chaudron, l'eau (de la passion, de la Tradition) se refroidit".

Autrement dit, les grands maîtres du passé dont le tumultueux Choki Motobu** faisait incontestablement parti, étaient alimentés à la "source" par ce feux de la passion. Accepter ce que l'on est (on pourrait dire naît pour faire !) et s'y consacrer toute la vie durant avec humilité, persévérance, énergie créative, constance de progression est une réalisation qui se mesure à l'échelle de toute une vie. Le maître Motobu était l'un de ces précurseurs-éclaireurs, pourfendeurs de mystifications.

La période est assez jubilatoire... Les gens sont abreuvés d'une quantité d'informations complément caduques et inutilisables, destinées à faire du "buzz", de la sensation, pour la masse de ceux qui ne savent pas trop quelle discipline choisir pour devenir (très) rapidement efficace voire invincible !

La self défense business, les arts martiaux gourou fitness et les chasseurs cueilleurs des bois de la survie semblent se rassembler en petites communautés pour tenter en cette période de récession économique, de convaincre et de faire un peu d'argent sans trop se fatiguer. La survie c'est par exemple une mère ou un père de famille au chômage qui doit continuer de payer ses charges et faire ses courses en alimentant  et élevant ses enfants dignement. Le reste c'est intéressant mais c'est de la documentation, voire du loisir ou du divertissement. Durant les deux grands conflits mondiaux que notre pays a connu, les gens ne faisaient pas de la survie, ils se contentaient de vivre du mieux qu'ils pouvaient en fonction des circonstances du moment et en faisant preuve d'un remarquable courage et sens de l'adaptation. Idem pour la défense personnelle où les situations de combat au corps à corps étaient redoutées, où l'on se s'amusait pas à se faire peur mais à développer son instinct, ses capacités pour endiguer le plus rapidement possible la violence d'autrui, la contourner ou la surmonter. A l'heure actuelle, la violence est intellectualisée, les stages de "blabla-défense" (prévoir de l'aspirine post stage!) pullulent sous toutes les latitudes, d'autres pensent enseigner des méthodes de self et n'enseignent que du "conditionnement", des exercices codifiés stéréotypés, attendus, préparés etc...Certains pensent encore que recevoir passivement des avalanches de coups à l'entraînement, permet de s'endurcir, alors que c'est tout l'opposé qui s'imprime dans l'inconscient. Baser sa pratique sur le fait de s'habituer à encaisser trop de coups est la meilleur façon de les recevoir "plein pot" lors d'un instant de vérité. Puis de s'affaiblir au fil des années de pratique, le corps s'use et la perception s'émousse à force de "ramasser". Le fameux "relâchement" à la mode rabâché à toutes les sauces, est aussi une méthode d'apprentissage au demeurant fort intéressante mais qui devient encore trop souvent une finalité dans certains styles, pour se révéler... Expliquez à une victime le relâchement, elle comprendra tout de suite qu'il s'agit d'un outil inutilisable in situ mais qui peut convenir pour se relaxer et mieux appréhender sa pratique. Pour bien apprivoiser le relâchement ne faudrait-il pas connaître des états de tension ? Varier les rythmes et les techniques, tensions-relâchements, hauteurs et vitesses d’exécution, encore un précepte-kyokun...

En résumé succinct :
Pour vous détendre, ne pratiquez pas les arts de combat, faites du yoga ou de la rando en pleine nature.
Pour vous défouler, pratiquez un art de combat avec une âme et un  bon prof et percez ce qui se cache derrière (l'art pas le prof hein)...
Pour vous défendre, éviter de vous foutre dans la merde et si vous y êtes,  réfléchissez bien avant de tenter de vous en sortir, encore faut-il avoir le temps et le choix.

Mais rassurez vous, si vous cherchez, vous finirez par trouver ! Ne prenez pas ce qui est trop facilement accessible, ce qui est trop décortiqué, explicite, ce qui vous semble terriblement sexy, exotique, convaincant de prime abord...et qui va complément à l'encontre d'une quête martiale dédiée à l'efficacité et (surtout) à votre épanouissement personnel.

 Prendre l'ascendant sur son prochain n'est pas une fin en soi. l'idée serait plutôt de partir à la rencontre de soi même en s'aventurant sur des terres inconnues. Mieux se connaître pour devenir plus efficace en tout et avec les autres. "D'abord se connaître soi-même pour mieux connaître les autres" dixit un autre adage-kyokun de l'art de la main de Chine ;-)

Alors, être ou avoir été, telle est la question...

Bonne pratique à toutes et à tous et surtout, quoiqu'on vous dise, que vous puissiez lire, voir ou entendre, restez bien sur vos gardes ;-)

* Henry Plée, pionnier des arts martiaux en France, véritable homme de connaissance et transmetteur; auteur de trois ouvrages magistraux sur notre thématique favorite.

** Choki Motobu (1870-1944), maître okinawaïen célèbre pour sa vaillance et sa passion innée pour le combat, issue de la famille royale d'Okinawa, il ne cessa de valider par ses propres expériences & recherches l'efficacité sous toutes ses formes, allant à l'encontre des mystifications et détournements de l'art originel, terriblement redouté par tous ses homologues contemporains.


dimanche 19 janvier 2014

Le Big DRAGOTAC, par Bastinelli...

En ce début d'année que je vous souhaite d'ailleurs à toutes et à tous, heureuse et prometteuse, je vous présente mes meilleurs voeux !

Débutons de façon tranchante et piquante par la présentation d'une belle lame qu'il m'a été donnée de tester, d'utiliser et d'expérimenter jusque dans ses derniers retranchements, il s'agit du BIG DRAGOTAC du coutelier émérite, Bastien Coves.

Ce magnifique pliant appartient à la catégorie hors norme des lames tactiques plutôt "massives" (27 cm ouvert ),  bénéficiant des matériaux les plus modernes, et d'une fluidité exemplaire dans son mécanisme.

Produit en Italie par les ateliers Lionsteel, le "Big Drago" est un beau pliant à système liner-lock,  équipé du fameux système Rotoblock breveté, permettant de positionner la lame en position fixe et sécurisée (réglable), pour une transition optimale entre couteau pliant et couteau à lame fixe. Assemblé minutieusement dans ses moindres détails et d'une qualité de finition irréprochable, le "Big Drago" est apte à délivrer son plein potentiel...

La lame en acier D2 à double émouture, d'une longueur de 12cm et d'une épaisseur de 5mm réserve bien des surprises à l'usage ! La spécificité de son tranchant rasoir assuré par Bastien, lui permet de s'affranchir avec aisance des tâches les plus courantes, d'une configuration idéale  en Every Day Carry, ou dans des activités professionnelles, rien ne lui résiste, qu'il s'agisse de cordes épaisses ou de matériaux en caoutchouc ou plastique durs, sectionnés à la volée. Le pouvoir de coupe et de perforation du Big Drago est assez bluffant.

Le choix des matières, dédiées au manche  ergonomique, confère robustesse et fiabilité à l'ensemble.  L'alliance du titane et du G10 est encore une fois une parfaite réussite !

Les plaquettes de manche en G10 sont légèrement striées, favorisant une parfaite préhension, que ce soit avec des gants ou à pleine main, même dans des environnements humides ou pluvieux. Ce couteau résiste bien à la corrosion et ne nécessite que peu d'entretien et de nettoyage, l'assemblage "aéré"  permet même de le rincer  à l'eau claire et de le sécher rapidement si nécessaire (avec un peu d'huile sur les parties mobiles) .

Plusieurs prises en main sont possibles, outre les classiques prise en mains "marteau" et "pic à glace", le manche est conçu pour adopter trois types de positionnements, du plus près au plus éloigné du talon de la lame, en fonction des travaux à réaliser ou des drills à effectuer. Un surprenant guillochage sur le dessus de la lame permet de positionner son pouce pour un maximum de confort et de précision dans ses gestes. La fluidité du déploiement et de l'ouverture peut s'effectuer par simple inertie avec un peu de pratique, soit à l'aide du large "thumb stud" (dispositif d'assistance à l'ouverture via le pouce), prévu à cet effet.

A la manipulation comme à l'ouverture, ce Big Drago est fort agréable, léger et précis, d'un ratio encombrement-puissance comme je les aime, largement digne d'un Cold Steel Espada, d'un Voyager XL ou d'un Hold Out I, avec un sens du détail et une pugnacité plus personnelle et atypique, façon Bastinelli !

Les transitions rapides à l'aide du Rotoblock, nécessitent un peu d'entrainement, de façon a être sûr d'être en capacité de refermer le pliant d'une main lorsque le dispositif de verrouillage est engagé.

Le clip favorise une suspension sécurisée et discrète, que ce soit en position dite "inside", sur la bretelle d'un sac ou à un emplacement dédié, le Big Drago ne bouge pas et attend bien sagement qu'on vienne le chercher... Vous l'aurez compris, ce pliant tactique répond vraiment à un cahier des charges précis et s'affranchit de toute considération aléatoire : il est conçu pour vraiment servir & durer.

Bastien COVES a de nouveau su  créer la surprise et  la différence, en sortant des sentiers battus avec l'élaboration d'un grand couteau pliant répondant à des normes tactiques strictes & précises, offrant un design d'une maîtrise totale... Coup de coeur garanti, place aux photos :







vendredi 22 novembre 2013

L'imposture de la self defense...





*Donn F. Draeger, pionnier d'un autre temps... Qui illustre à merveille la notion de crédibilité et d'efficacité en arts de combats.



De tous temps et dans les Traditions martiales les plus ancrées, l'efficacité était une valeur, une donnée certifiée qui offrait respectabilité et crédibilité à celui qui la cultivait et savait la transmettre à qui de droit.

De nos jours, cette particularité martiale, comme bien d'autres, est travestie, corrompue, devenant ici un gage de performance face à l'éventualité d'une agression, ou bien là une méthode de développement personnel qui s'éloigne de l'essence de l'art.

Les pionniers de toutes origines, les précurseurs n'étaient pas des affairistes ni des complaisants face à leurs élèves, lesquels n'étaient d'ailleurs pas considérés comme "clients" ou assimilés à un panel représentatif de conciliants, d'admirateurs préoccupés par la non maîtrise d'eux même et le souhait si peu tangible de devenir sans trop d'efforts plus "vrais" que nature, affrontant en toute sécurité leurs peurs primales.

Ce vaste fourre-tout spéculateur qu'est devenu le marché de la self défense n'offre à présent qu'incertitudes et spectacle de désolation face à une demande toujours croissante, sincère et honnête...

Devant cet écran de fumée, beaucoup se sentent dubitatifs, hésitants, et s'interrogent à juste titre sur le sens réel de leur quête martiale. Une foule d'incertitudes se bouscule devant le portillon d'une self défense sclérosée, dévoyée... Les élèves ne restent pas dans ces cours, consomment un peu et repartent avec encore davantage de confusion, ou bien font semblant, boivent à grande ampleur des discours rassurants et pratiquent des techniques inadaptées (pour eux et pour les instants de vérité), avant de se retrouver la gorge nouée devant des situations inextricables avec si peu d'outils utiles pour y faire face.

Derrière ce même écran de fumée, quelque-uns poursuivent leur ascension et continuent de s'enrichir sans remords, prenant leurs élèves pour des moutons ou des vaches à lait en prônant un discours stérile et ennuyeux, tout en exploitant une expérience dont ils n'auront jamais la maîtrise, copiant de ci de là ce qu'ils ont trouvé de séduisant ailleurs sans savoir forcément le faire réellement fonctionner. Comme à l'image d'un moteur sur puissant que l'on est incapable d'alimenter suffisamment en énergie...

Alors à toi, qui refuse l'inacceptable, à toi, qui cherche à t'épanouir sereinement dans une discipline ou une pratique dédiée à la sécurité personnelle, réfléchis un peu, prends le temps de faire le point et recense tes besoins en matière de pratique... Que recherches-tu vraiment ? Un label, un nom, une école, une complaisance, de la reconnaissance ?

Est-ce que dire que l'on pratique tel ou tel style avec tel ou tel professeur est un gage d'efficacité, plutôt que de pratiquer une discipline peu représentée avec un professeur qui ne recherche pas à s'afficher sur la place publique, n'en éprouvant ni l'intérêt, ni le besoin ..?

L'heure du réveil à sonné !

Lors de rixes ou "embrouilles" on assiste parfois à des florilèges d'annonces du genre "attention moi je pratique ceci avec untel et tu vas voir ce que je vais te mettre, etc...". Il faut savoir que l'efficacité n'a pas de nom, que l'efficacité n'est pas un "show", ni une étiquette qu'on se pastille sur le front pour se faire mousser. En self défense il est primordial de rester humble, de ne pas prôner  une quelconque supériorité, d'autant plus que les qualités à développer ne s'apprennent pas forcément mais se révèlent plutôt, se peaufinent, s'accentuent par un seul vecteur, l'être...et non le paraître ou l'amalgame douteux.
Et ce genre de vérité peu lucrative, seul un enseignant sincère & passionné saura la partager à ses élèves.

Henry Plée, dont je recommande la lecture de façon quasi systématique, évoque les maîtres de l'ombre dans ses fameuses chroniques et ses ouvrages références. Ces "personnes, (un peu comme Terence Hill dans le western spaghetti "My name is nobody", comprendra qui pourra ;-), ne sont pas aussi "cachées" ou "secrètes" mais plutôt discrètes et "effacées", peu enclines à se répandre inutilement par médias interposés, et n'ayant pas la prétention ni la nécessité de devoir convaincre. Il peut s'agir d'un prof situé près de chez vous, qui enseigne une discipline traditionnelle, du MMA ou de la boxe, il peut s'agir d'un maître d'arme ou d'un combattant aguerri, mais dans tous les cas il s'agira d'un révélateur de conscience, d'un découvreur de voie, très loin de notions écoeurantes d'obscurantisme, de méditations hasardeuses et de considérations liées à une sorte de numismatique (argent & médailles).


Ce petit billet fait écho à de multiples échanges en privé avec des pratiquants de diverses cultures et horizons, professionnels ou amateurs, enseignants ou élèves, accès sur la défense personnelle ou l'art martial en général, adeptes de combat et d'efficacité, souvent en recherche constante et refusant toute forme de compromis dans leur engagement martial.

Désormais, en fonction de mes activités je tenterai de revenir un peu plus souvent vous présenter quelques nouveautés, annonces & articles percutants ;-)


Merci à toutes & à tous pour votre fidélité et vos nombreuses sollicitations !