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dimanche 21 décembre 2014

L' esprit tactique de la lame...







Bastien Coves aka Bastinelli Créations, compte parmi ces artisans couteliers que je cotoie depuis plusieurs années. Une personnalité bien trempée, une sagacité créatrice, font quʼil est devenu en lʼespace de quelques temps, la figure de proue du couteau tactique. Cet univers, son univers, sʼétoffe au gré de ses créations, de la gestation à la conception dʼune lame tactique, Bastien nous livre ici quelques éléments de réponse, et revisite pour notre plus grand plaisir le panorama du milieu coutelier, en évoquant ses influences, ses origines, son propre style, en toute impartialité et sans langue de bois...Bonne lecture ;-)


 En tant que coutelier spécialisé dans le domaine tactique, comment abordes-tu la notion dʼefficacité dans la conception dʼune lame digne de ce nom ?

Dans la thématique qui est la mienne, le couteau doit posséder une orientation martiale. Chaque couteau a une appellation propre, on distingue le couteau à pain, à huître, de boucher, etc... Mon domaine est celui du couteau tactique, par inspiration, par affinité et par passion. Un couteau que je crée peut se décliner en plusieurs finitions mais conservera toujours la même ligne, destinée à servir lʼutilisateur.
Le choix crucial des matériaux peut à ce titre influer grandement sur la ligne dʼun couteau, en opposant par exemple des matières traditionnelles comme le bois, la corne, etc...et des matériaux plus hi tech comme de G10, le carbone, etc... Pour ce qui est de lʼefficacité, je me contente de répondre au plus près des attentes de mes clients, je suis réceptif pour satisfaire leurs besoins, jʼaime cette idée de partir de rien pour arriver à un résultat concret satisfaisant.
Je suis en perpétuelle recherche, et lorsque certains services spécialisés ou groupes dʼinterventions (e.g. le Raid avec le couteau éponyme «Red» !), me sollicitent pour répondre à leur cahier des charges en terme de couteau tactique, je mets tout en oeuvre pour venir toucher du bout du doigt ce qui pourrait au mieux leur convenir. Le matériel est très important, il y a des contextes dʼ emplois où on ne peut pas se tromper, où compter sur la fiabilité dʼun couteau peut sʼavérer un réel atout. Cʼest lʼefficacité telle que je la conçois !
A lʼinstar des couteaux de bouchers, légers, relativement fins, maniables et fonctionnels, une lame telle que je la réalise doit encore sʼinscrire dans un cadre de parfaite ergonomie, de faible encombrement. Je pense également aux militaires qui sont déjà équipés comme des porte-avions et qui recherchent une lame ultra fonctionnelle, aussi discrète & légère que possible.
Dans ce contexte dʼefficacité, il est aussi bon de penser quʼun utilitaire de type multi-tool Leatherman ou Victorinox occupera également une place de choix en terme de rapport praticité-polyvalence dʼemploi, le couteau tactique en lui même nʼest rien, sans lʼesprit et le besoin qui lʼanime...



Comment te ressources-tu au gré de tes designs, quelle est la genèse dʼun couteau Bastinelli ?

Je dessine beaucoup, je travaille essentiellement mes ébauches en commençant par une phase de crayonné, en freestyle, dans lʼatelier, cʼest ma manière dʼopérer. Lʼune de mes particularité est le travail sur les ombres... Jʼaborde et visualise mes nouveaux designs en utilisant la lumière du soleil, et lʼombre du couteau se manifeste alors sous une autre forme. Lʼombre allonge les lames, modifie les courbes et fait travailler lʼimagination.
A titre dʼexemple, avec le Raptor GT6, jʼavais préalablement réalisé une photo que jʼavais déposé négligemment sur mon bureau tout encombré...et le design définitif de la lame sʼest pratiquement révélé par lui même ! Cʼest aussi une question de perception, de créativité mais de cette façon que je fonctionne. La forme et la fonction du couteau deviennent ainsi un tout, alliant sens de lʼesthétisme & efficacité.
Une phase dʼutilisation et de tests du couteau est primordiale pour endurer le pouvoir de coupe et les effets de la lame. Je crois quʼil est important de bien ressentir la lame et de pouvoir lʼexprimer en tant que besoin. La notion de test prend ici toute son importance, si lʼon décide dʼen faire une utilisation quotidienne, façon utilitaire, il est nécessaire de réfléchir avant toute chose à lʼusage que lʼon projette dʼen faire.
Mes maîtres mots seraient conception-création et esthétisme, dans lʼidée de faire un couteau, avec une constante recherche de lignes, des identités propres et des usages dédiés...Notons à titre dʼexmple le Kerambit et son influence martiale philippine & indonésienne. Le Kerambit possède des lignes très épurées, liées à lʼefficacité recherchée, à la capacité de la lame de pouvoir facilement entrer et ressortir, à pleine vitesse...
Je ne te cache pas que je trouve cet aspect créatif autour des arts martiaux, assez remarquable, passionnant. Le vaste patrimoine martial que nous possédons est une formidable source dʼinspiration pour moi ! Cette inspiration me vient également comme des photographies mentales de designs, des flashs... Cʼest un véritable exercice de mémorisation pour moi...par exemple, après un Blade Show, une expo, je digère, je retranscris, jʼexprime à ma sauce tactique ce que je ressens.




Comment analyses-tu lʼunivers de la coutellerie francophone depuis tes débuts ?

En tant quʼartisan, je considère quʼaccéder à ce milieu est une véritable chance. Observer les autres couteliers de lʼextérieur en tant quʼ amateur-passionné puis officier un beau jour, à force de motivation et de travail, au sein de la famille de la coutellerie francophone et internationale...cʼest un sacré challenge ! Les places sont chères et je mʼestime très heureux de pouvoir tenir celle qui est la mienne à présent !

Cet univers est vraiment particulier, cʼest un monde où lʼon peut voir les gens changer, à la fois dans leurs lignes de conduite et dans leurs créations, cʼest également lʼhistoire de mon propre parcours et de cette façon que jʼai trouvé ma propre identité.
Actuellement, la coutellerie française mériterait une petite cure de jouvence et devrait sʼinspire de talents Thierry Savidan et Torpen, qui allient les genres & les matériaux tout en conservant lʼaspect traditionnel de leurs couteaux...Mon ami P-H Monnet sait aussi donner de la modernité au primitif, et influence les nouvelles générations à aller vers le primitif. Les gens semblent avoir peur dʼinnover, de sortir des sentiers battus, de créer et de travailler sur une tendance «enfouie», endormie, latente. Alors quʼil est fort intéressant de pouvoir révéler quelque chose qui existe dans la coutellerie française... Je trouve regrettable que certains manquent dʼaudace et travaillent avec trop de facilité.
Le plus représentatif est lʼambiance que tu peux ressentir sur certains grands salons, où de table en table tu as lʼimpression que cʼest le coutelier qui a fait les mêmes couteaux. Il nʼy a que trop peu de ce que je qualifie «dʼOVNI» du pliant, une lame qui te fait tʼarrêter, qui tʼhypnotise et te semble immédiatement familière & séduisante.
Et pourtant la coutellerie française nʼest pas spécialement bouchée, il y a de la place pour tout le monde, à la condition de partir à la conquête de son public, dʼêtre à l'écoute et de répondre aux demandes comme il se doit.
Chez mes contemporains couteliers, jʼapprécie tout particulièrement des innovations, des personnalisations, des modèles revisités et complétement personnalisés, au point dʼen faire oublier la version dʼorigine... cʼest lʼexemple du bowie de Fred Perrin, de mon piémontais Dragotac, ou encore du kukhri de chez Cold Steel.




Bastien, au fil de ta production, dʼoù provient ton inspiration, de lʼidée à la conception ?

Prenons un très bon exemple pour illustrer cette question...
Le Reaper Tac, la faucille, le fameux kama japonais... Je mʼaperçois souvent que nous sommes plusieurs couteliers à travers le monde, à avoir les mêmes idées aux mêmes moments, sans forcément nous connaître et sans communiquer, comme bénéficiant dʼune influence inconnue que lʼon perçoit et que lʼon arrive à saisir au passage. Cet état de fait est très frappant, des idées, des concepts se retrouvent alors que les gens pensent avoir une idée géniale et de lʼinspiration chacun dans leur coin.
Et pour la petite histoire, avec la Reaper Tac, je me suis rendu compte que United Cutlery bossait sur le même type de projet.
La crédibilité est également une notion essentielle pour moi. Pour que son travail soit reconnu et perçu et sa juste mesure il est nécessaire dʼavoir de bons contacts et de bonnes adresses pour optimiser la qualité dʼusinage. Pour obtenir dʼexcellents résultats, il est primordial de posséder un carnet dʼadresses bien rempli en terme de qualité de prestations & de fiabilité dʼusinage. On pose un peu ses «couilles» sur la table, la prise de risque est bien réelle, chose que peu de professionnels sont prêts à faire aujourdʼhui. Jʼinsiste donc sur lʼimportance du choix des bons prestataires.

Le milieu de la coutellerie subit également les affres & les influences de la mode..., on apprend en quelque sorte à surfer sur la vague passée pour pouvoir revenir. Et je crois en effet quʼil est crucial de se différencier, de ne pas faire comme les autres, surtout dans le milieu du couteau tactique où la demande est très très forte.



Alors que le marché du couteau est en pleine effervescence, que de nouveaux couteliers entrent en scène et que dʼautres prennent du recul, comment te positionnes tu dans ce microcosme en perpétuelle mutation ?

Je crée ma propre route, je suis mon chemin sans craindre de croiser dʼautres chemins et en évitant soigneusement les nids de poules... Mais dans tous les cas, je crois quʼil faut toujours sʼefforcer dʼavancer, même dans les situations délicates, et pénibles à surmonter. Le milieu de lʼartisanat est très spécial. Je voudrais aborder quelque chose que lʼon a tendance à occulter dans nos sociétés dites de performance : Lorsque rien ne va à la maison, rien ne va au boulot. Trouver un équilibre idéal pour soi, une solide sérénité, faire en sorte que tout aille bien à la maison, cʼest aussi ce qui permet de surmonter les coups durs et dʼêtre efficace en tout.
La concurrence est telle quʼil faut transmettre lʼenvie aux amateurs dʼacheter tel ou tel coutelier, et pour cela faire attention à lʼimage et rester authentique. La communication est importante, ce qui se dégage autour de sa personnalité et de ses réalisations confère crédibilité et confiance. Lʼaffectivité et la sensibilité sont des notions importantes à mes yeux. Il est nécessaire encore une fois de préserver son image, éviter de jouer un rôle...
La façon dont les gens te perçoivent doit être la plus juste possible.
Pour ma part, je mʼentraine & pratique autant que faire se peut, cʼest un métier où on ne peut pas faire semblant... Cʼest un milieu dans lequel tu ne peux pas mentir ni tricher si tu veux durer.
En coutellerie, je pense sincèrement quʼil y a un avenir pour tout le monde, à condition de ne pas rechercher le monopole, de sʼobserver et dʼêtre honnête avec soi-même. La richesse est de savoir composer entre vie privée et lʼacier que lʼon a dans les mains, de sʼexprimer positivement et à bon escient.


 De toi à moi, et rien que pour nos lecteurs, quel est ton type de lame favori ?

Cʼest avant toute chose une remise en question importante... Jʼopterai de façon inconditionnelle pour une lame fixe. Un pliant, aussi robuste et résistant soit-il, est fait pour plier, même sʼil faut généralement plus dʼune vie dans le contexte dʼune utilisation simple & normale, pour user un de ses couteaux pliant. Mais pour des raisons affectives, je reste un adepte des lames...avec un système de port bien pensé, étudié de manière à rendre lʼaccessibilité au couteau pratique, intuitive, fonctionnelle avec un maximum de confort et de discrétion pour le porteur.

Peu importe le gabarit du couteau, de lʼusage pur & simple que lʼon en fait, quʼil sʼagisse dʼun petit compact ou dʼun grand modèle, une lame fixe en version custom reste au demeurant ce que je privilégie.





 Tes réalisations apparaissent régulièrement sur grand écran, aux côtés dʼacteurs et dʼactrices de talent, cʼest une bien belle reconnaissance, non ?

Les premiers prémices furent lʼappel de Baptiste de chez Armes Bastille, me précisant que les producteurs du dernier film de Luc Besson recherchaient une lame fixe . Jʼai aussitôt mis en suspens mon week end, pour bosser comme un acharné sur ce projet, il fallait livrer le couteau à la cité du cinéma dans des délais extrêmement réduits. Visiblement, les résultats furent concluants.
Tu sais, cʼest vraiment un plaisir unique que de retrouver ses réalisations sur des tournages, malgré la prise de risque et les complications dues au timing... Pour LUCY, je nʼai eu que 24h pour concevoir le couteau que lʼon voit à lʼécran. Jʼétais parti des dessins du Red que je visualisais en plus grand, à base Raptor GT6 modifié...Jʼai du être super réactif pour tout tenir en urgence et parvenir à ce résultat, la pression à été productive et positive sur ce coup ;-) Je ne remercierai jamais assez la team Armes Bastilles pour leur soutien et me permettre de vivre ce type dʼexpériences uniques.


 Peux tu nous évoquer tes projets à venir (collaborations, etc...)?

Oui, je prévois de sortir un Red folder chez Lion Steel avec une finition stone wash et full dark stone wash, et cela pour début 2015 si tout va bien ! Avec Fox, le BB Drago version piémontais devrait voir le jour assez rapidement, ainsi quʼun nouveau projet de Kerambit bien martial dont nous reparlerons...
Vers la fin 2015, la Reaper Tac sera aussi disponible en plusieurs déclinaisons peut être...


Le mot de la fin..?

Ce que je fais me comble réellement, cʼest un immense plaisir de pouvoir travailler au coeur de sa passion et de se sentir ainsi soutenu par tant de personnes. Jʼapprends tous les jours à mʼaméliorer à à répondre au plus près des exigences de mes clients. Jʼai la chance de bénéficier dʼun élan positif tout autour de moi, ce qui mʼ incite à aller de lʼavant, à développer ma structure et faire croître mon équipe. Ce soutien est primordial pour moi, après mʼêtre cherché durant plusieurs années, je crois pouvoir affirmer que cʼest un pied énorme de pouvoir créer en continuant dʼapprendre. Le métier de coutelier est vraiment fun, encore une fois il faut créer la différence et sʼaffirmer en créant !


Merci, Bastien pour cet entretien à batons rompus ;-)




samedi 4 octobre 2014

A la mémoire d' Henry...


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Cela fait désormais un peu plus de quarante jours qu'Henry Plée nous a quitté, et il est bon, je crois, d'évoquer sa mémoire à nouveau en lui rendant un bref hommage.

On a beau penser que c'est inscrit dans le cours de l'existence, on ne s'y fait jamais réellement lorsque l'on perd un être cher, une personne que l'on aime, que l'on estime, que l'on respecte...
Henry étaient de ceux qui transmettaient avec un accent d'authenticité et de vérité. Passionné & passionnant.
Pour celles & ceux qui n'ont pas eu la chance de croiser son chemin, sachez qu'au delà de sa profonde bienveillance et de son altruisme, ce guide savait pertinemment déceler en vous cette petite flamme de lucidité qu'il ravivait grandement à travers ses conseils prodigués, ses paroles et ses actes.

Henry était et sera toujours un guide, une bougie allumée dans l'éternité, comme quelques autres...
Dans ses écrits perdurent de rares vérités et parfois des secrets si flagrants qu'ils sont constamment ignorés.
Mais si l'eau bouillonne sous votre chaudron de connaissances martiales, si vous mettre en quête ne vous effraie pas, partez à la rencontre des nombreuses références bibliographiques et des "auteurs" qui jalonnent ses chroniques martiales et ses deux ouvrages magistraux sur les Points Vitaux et les Points de Vie.

Le 19 août dernier, une page importante de l'histoire martiale occidentale s'est définitivement tournée. Mais Henry a bien fait les choses, et un nouveau chapitre s'annonce dans "Sa" continuité intemporelle, le livre est loin d'être achevé !

Repose en paix.

Pour vous procurer les ouvrages (et les dvd de séminaires) d'Henry Plée :
BUDO Editions/ Budostore ainsi que dans toutes les bonnes librairies.

jeudi 8 mai 2014

Etre & avoir été...



                                                          Choki MOTOBU


Cela fait quelques temps maintenant que je m'interroge sur l'utilité d'un tel blog...
Par manque de temps, la vraie vie riche et trépidante reprends ses droits et c'est en étant dans le monde réel que l'on peut tacher de s'accomplir, non pas en s'imaginant faire partie d'un monde, du monde que l'on s'invente et que l'on pense connaître et qui n'est qu'illusion.

Bon vous l'aurez compris, ce soir j'avais un peu de temps à perdre (pas pour tout le monde au regard de vos sollicitations !), et envie de me divertir (j'espère que vous apprécierez), de me délier les extrémités des phalanges après les avoir fortement sollicité dans différents types d'activités moins ludiques ;-)

Mes dernières cogitations martiales, notamment avec d'autres passionnés et passionnants spécialistes en méthodes de "combat guerrier véritable", m'amènent à penser que nous touchons actuellement le fond en terme de communication et de transmission martiale. Là où certains s'inventent des légendes et racontent des histoires ou des faits d'armes auxquels ils n'ont jamais participé, d'autres publient des articles vides de sens, stériles et très éloignés de l'essence même de la pureté des arts de combat : le pragmatisme, la pratique martiale (armes naturelles & autres) assidue, la préparation en amont, le sens du discernement (anticipation),  et de l'adaptation (réactivité, timing)...

La planète martiale transite actuellement vers un vide sidéral, heureusement que des Anciens et puristes sont encore et bien présents, œuvrant activement dans l'ombre de leur discipline, sans tapage médiatique sclérosant, ni besoin de reconnaissance égotique.


Prenez quelques instants pour lire (et relire encore & encore) les vingt préceptes martiaux (kyokuns), transmis par notre cher Henry Plée*, dans ses Chroniques Martiales, et observons l'un des adages les plus essentiel :

"Si l'on n'entretient pas le feu sous le chaudron, l'eau (de la passion, de la Tradition) se refroidit".

Autrement dit, les grands maîtres du passé dont le tumultueux Choki Motobu** faisait incontestablement parti, étaient alimentés à la "source" par ce feux de la passion. Accepter ce que l'on est (on pourrait dire naît pour faire !) et s'y consacrer toute la vie durant avec humilité, persévérance, énergie créative, constance de progression est une réalisation qui se mesure à l'échelle de toute une vie. Le maître Motobu était l'un de ces précurseurs-éclaireurs, pourfendeurs de mystifications.

La période est assez jubilatoire... Les gens sont abreuvés d'une quantité d'informations complément caduques et inutilisables, destinées à faire du "buzz", de la sensation, pour la masse de ceux qui ne savent pas trop quelle discipline choisir pour devenir (très) rapidement efficace voire invincible !

La self défense business, les arts martiaux gourou fitness et les chasseurs cueilleurs des bois de la survie semblent se rassembler en petites communautés pour tenter en cette période de récession économique, de convaincre et de faire un peu d'argent sans trop se fatiguer. La survie c'est par exemple une mère ou un père de famille au chômage qui doit continuer de payer ses charges et faire ses courses en alimentant  et élevant ses enfants dignement. Le reste c'est intéressant mais c'est de la documentation, voire du loisir ou du divertissement. Durant les deux grands conflits mondiaux que notre pays a connu, les gens ne faisaient pas de la survie, ils se contentaient de vivre du mieux qu'ils pouvaient en fonction des circonstances du moment et en faisant preuve d'un remarquable courage et sens de l'adaptation. Idem pour la défense personnelle où les situations de combat au corps à corps étaient redoutées, où l'on se s'amusait pas à se faire peur mais à développer son instinct, ses capacités pour endiguer le plus rapidement possible la violence d'autrui, la contourner ou la surmonter. A l'heure actuelle, la violence est intellectualisée, les stages de "blabla-défense" (prévoir de l'aspirine post stage!) pullulent sous toutes les latitudes, d'autres pensent enseigner des méthodes de self et n'enseignent que du "conditionnement", des exercices codifiés stéréotypés, attendus, préparés etc...Certains pensent encore que recevoir passivement des avalanches de coups à l'entraînement, permet de s'endurcir, alors que c'est tout l'opposé qui s'imprime dans l'inconscient. Baser sa pratique sur le fait de s'habituer à encaisser trop de coups est la meilleur façon de les recevoir "plein pot" lors d'un instant de vérité. Puis de s'affaiblir au fil des années de pratique, le corps s'use et la perception s'émousse à force de "ramasser". Le fameux "relâchement" à la mode rabâché à toutes les sauces, est aussi une méthode d'apprentissage au demeurant fort intéressante mais qui devient encore trop souvent une finalité dans certains styles, pour se révéler... Expliquez à une victime le relâchement, elle comprendra tout de suite qu'il s'agit d'un outil inutilisable in situ mais qui peut convenir pour se relaxer et mieux appréhender sa pratique. Pour bien apprivoiser le relâchement ne faudrait-il pas connaître des états de tension ? Varier les rythmes et les techniques, tensions-relâchements, hauteurs et vitesses d’exécution, encore un précepte-kyokun...

En résumé succinct :
Pour vous détendre, ne pratiquez pas les arts de combat, faites du yoga ou de la rando en pleine nature.
Pour vous défouler, pratiquez un art de combat avec une âme et un  bon prof et percez ce qui se cache derrière (l'art pas le prof hein)...
Pour vous défendre, éviter de vous foutre dans la merde et si vous y êtes,  réfléchissez bien avant de tenter de vous en sortir, encore faut-il avoir le temps et le choix.

Mais rassurez vous, si vous cherchez, vous finirez par trouver ! Ne prenez pas ce qui est trop facilement accessible, ce qui est trop décortiqué, explicite, ce qui vous semble terriblement sexy, exotique, convaincant de prime abord...et qui va complément à l'encontre d'une quête martiale dédiée à l'efficacité et (surtout) à votre épanouissement personnel.

 Prendre l'ascendant sur son prochain n'est pas une fin en soi. l'idée serait plutôt de partir à la rencontre de soi même en s'aventurant sur des terres inconnues. Mieux se connaître pour devenir plus efficace en tout et avec les autres. "D'abord se connaître soi-même pour mieux connaître les autres" dixit un autre adage-kyokun de l'art de la main de Chine ;-)

Alors, être ou avoir été, telle est la question...

Bonne pratique à toutes et à tous et surtout, quoiqu'on vous dise, que vous puissiez lire, voir ou entendre, restez bien sur vos gardes ;-)

* Henry Plée, pionnier des arts martiaux en France, véritable homme de connaissance et transmetteur; auteur de trois ouvrages magistraux sur notre thématique favorite.

** Choki Motobu (1870-1944), maître okinawaïen célèbre pour sa vaillance et sa passion innée pour le combat, issue de la famille royale d'Okinawa, il ne cessa de valider par ses propres expériences & recherches l'efficacité sous toutes ses formes, allant à l'encontre des mystifications et détournements de l'art originel, terriblement redouté par tous ses homologues contemporains.


dimanche 19 janvier 2014

Le Big DRAGOTAC, par Bastinelli...

En ce début d'année que je vous souhaite d'ailleurs à toutes et à tous, heureuse et prometteuse, je vous présente mes meilleurs voeux !

Débutons de façon tranchante et piquante par la présentation d'une belle lame qu'il m'a été donnée de tester, d'utiliser et d'expérimenter jusque dans ses derniers retranchements, il s'agit du BIG DRAGOTAC du coutelier émérite, Bastien Coves.

Ce magnifique pliant appartient à la catégorie hors norme des lames tactiques plutôt "massives" (27 cm ouvert ),  bénéficiant des matériaux les plus modernes, et d'une fluidité exemplaire dans son mécanisme.

Produit en Italie par les ateliers Lionsteel, le "Big Drago" est un beau pliant à système liner-lock,  équipé du fameux système Rotoblock breveté, permettant de positionner la lame en position fixe et sécurisée (réglable), pour une transition optimale entre couteau pliant et couteau à lame fixe. Assemblé minutieusement dans ses moindres détails et d'une qualité de finition irréprochable, le "Big Drago" est apte à délivrer son plein potentiel...

La lame en acier D2 à double émouture, d'une longueur de 12cm et d'une épaisseur de 5mm réserve bien des surprises à l'usage ! La spécificité de son tranchant rasoir assuré par Bastien, lui permet de s'affranchir avec aisance des tâches les plus courantes, d'une configuration idéale  en Every Day Carry, ou dans des activités professionnelles, rien ne lui résiste, qu'il s'agisse de cordes épaisses ou de matériaux en caoutchouc ou plastique durs, sectionnés à la volée. Le pouvoir de coupe et de perforation du Big Drago est assez bluffant.

Le choix des matières, dédiées au manche  ergonomique, confère robustesse et fiabilité à l'ensemble.  L'alliance du titane et du G10 est encore une fois une parfaite réussite !

Les plaquettes de manche en G10 sont légèrement striées, favorisant une parfaite préhension, que ce soit avec des gants ou à pleine main, même dans des environnements humides ou pluvieux. Ce couteau résiste bien à la corrosion et ne nécessite que peu d'entretien et de nettoyage, l'assemblage "aéré"  permet même de le rincer  à l'eau claire et de le sécher rapidement si nécessaire (avec un peu d'huile sur les parties mobiles) .

Plusieurs prises en main sont possibles, outre les classiques prise en mains "marteau" et "pic à glace", le manche est conçu pour adopter trois types de positionnements, du plus près au plus éloigné du talon de la lame, en fonction des travaux à réaliser ou des drills à effectuer. Un surprenant guillochage sur le dessus de la lame permet de positionner son pouce pour un maximum de confort et de précision dans ses gestes. La fluidité du déploiement et de l'ouverture peut s'effectuer par simple inertie avec un peu de pratique, soit à l'aide du large "thumb stud" (dispositif d'assistance à l'ouverture via le pouce), prévu à cet effet.

A la manipulation comme à l'ouverture, ce Big Drago est fort agréable, léger et précis, d'un ratio encombrement-puissance comme je les aime, largement digne d'un Cold Steel Espada, d'un Voyager XL ou d'un Hold Out I, avec un sens du détail et une pugnacité plus personnelle et atypique, façon Bastinelli !

Les transitions rapides à l'aide du Rotoblock, nécessitent un peu d'entrainement, de façon a être sûr d'être en capacité de refermer le pliant d'une main lorsque le dispositif de verrouillage est engagé.

Le clip favorise une suspension sécurisée et discrète, que ce soit en position dite "inside", sur la bretelle d'un sac ou à un emplacement dédié, le Big Drago ne bouge pas et attend bien sagement qu'on vienne le chercher... Vous l'aurez compris, ce pliant tactique répond vraiment à un cahier des charges précis et s'affranchit de toute considération aléatoire : il est conçu pour vraiment servir & durer.

Bastien COVES a de nouveau su  créer la surprise et  la différence, en sortant des sentiers battus avec l'élaboration d'un grand couteau pliant répondant à des normes tactiques strictes & précises, offrant un design d'une maîtrise totale... Coup de coeur garanti, place aux photos :